BTB 32 : Une approche de gestion forestière à long terme pour le Maine

La compagnie canadienne emblématique J.D. Irving fait visiter ses opérations forestières effectuées dans le nord du Maine à l'équipe de BTB.

J.D. Irving, Limited est une grande compagnie canadienne dont le siège se trouve à Saint John, au Nouveau-Brunswick. Fondée en 1882, la compagnie réalise des opérations dans l’est du Canada et dans le Maine. Elle a divers secteurs d’activité, ce qui inclut les produits forestiers, le transport, la construction de navires, l’équipement industriel, les services de construction et les produits de consommation.

(De gauche à droite) Matt Collins, amélioration de procédé; Peter Tabor, directeur régional; Josh Philbrook, surintendant des opérations; Dana Johnston, amélioration de procédé; Keith Michaud, représentant de ventes du concessionnaire de Tigercat, Frank Martin Sons Inc., situé au Maine.

(De gauche à droite) Matt Collins, amélioration de procédé; Peter Tabor, directeur régional; Josh Philbrook, surintendant des opérations; Dana Johnston, amélioration de procédé; Keith Michaud, représentant de ventes du concessionnaire de Tigercat, Frank Martin Sons Inc., situé au Maine.

Le fondateur de l’entreprise James Dergavel Irving a mis sur pied une cour de scierie, un moulin à broyer le grain et une entreprise de cardage parmi d’autres compagnies. Un autre membre clé de la famille est le fils de James Dergavel Irving, Kenneth Colin Irving, qui a développé l’entreprise en l’introduisant dans de nouveaux secteurs : le transport, la construction de navire, la construction et la vente au détail. Le petit-fils, James K. Irving, a élaboré les programmes d’amélioration générale des arbres forestiers et de reboisement et a développé le secteur des produits forestiers.

L’entreprise est dans le secteur forestier et le secteur de produits forestiers depuis 130 ans et a le regard tourné vers l’avenir. « En 1957, nous avons promis de régénérer la forêt et c’est une promesse que nous avons tenue depuis ce temps, en plantant plus de 877 millions d’arbres jusqu’à maintenant. Si nous agissons en intendants des forêts prudents, nous allons commencer à rentabiliser nos investissements dans moins de 50 ans. C’est un long cycle, mais cela illustre à quel point nous sommes attachés au respect des principes et des pratiques de développement durable », affirme Jim Irving, l’un des deux directeurs généraux de la compagnie. Cet accent mis sur la planification à long terme soutient une chaîne de valeur de produits forestiers avec une écocertification.

Un débardeur 630D ou 635D amène le bois jusqu'à une façonneuse. Les machines sont dotées de la technologie SIG qui dresse des cartes des corridors pour l'abattage et aide les débardeurs à maintenir un approvisionnement constant en bois pour les façonneuses.

Un débardeur 630D ou 635D amène le bois jusqu’à une façonneuse. Les machines sont dotées de la technologie SIG qui dresse des cartes des corridors pour l’abattage et aide les débardeurs à maintenir un approvisionnement constant en bois pour les façonneuses.

Irving Woodlands réalise des opérations dans le comté d’Aroostook, dans le Maine, depuis 65 ans, avec 255 employés ayant des salaires plus élevés de 60 % que la moyenne de l’État. La compagnie a aussi créé 687 emplois indirects chez 155 entrepreneurs forestiers. La forêt permet de fournir un approvisionnement en bois constant à 20 usines dans l’État.

« Nous travaillons d’arrache-pied pour permettre à nos clients de réaliser des gains concurrentiels et d’augmenter ceux-ci de façon importante, en étant des pionniers en matière de meilleures pratiques de travail et d’utilisation de la meilleure technologie », explique Peter Tabor, directeur régional pour le Maine.

Environ 20 % du territoire forestier d’Irving Woodlands, dans le Maine, est réservé pour la conservation des habitats. La conservation des forêts et la recherche forestière sont des priorités de la compagnie en matière d’activités de nature forestière. « Nous avons aussi donné plus d’un million de dollars à l’Université du Maine pour financier de la recherche forestière afin que les terres forestières du Maine demeurent productives et en bonne santé, et d’assurer leur pérennité », indique Peter Tabor.

Irving Woolands, dix-neuf autres propriétaires de terrains, ainsi que plusieurs compagnies et entreprises de transformation du bois, sont des membres de la Cooperative Forest Research Unit (CFRU) de l’Université du Maine située à Orono. Les domaines de recherche explorés pendant les quelques dernières années incluent l’évaluation des risques et des impacts de la pullulation future de la tordeuse des bourgeons de l’épinette dans les forêts du Maine et les stratégies d’amélioration de la régénération des feuillus, parmi d’autres sujets concernant des questions importantes relatives à la pérennité des forêts de l’État.

De larges chemins forestiers rectilignes sont caractéristiques d'Irving Woodlands : le transport de grosses charges hors route est un élément clé de réduction des coûts du bois.

De larges chemins forestiers rectilignes sont caractéristiques d’Irving Woodlands : le transport de grosses charges hors route est un élément clé de réduction des coûts du bois.

Les pratiques forestières de l’entreprise sont vérifiées par des experts indépendants conformément aux principes du Forest Stewardship Council (FSC) et du Sustainable Forestry Initiative (SFI). « La certification est notre crédibilité en matière de respect de nos obligations. Ne vous fiez pas uniquement à nos paroles. Prenez en compte le processus d’examen rigoureux réalisé par des experts indépendants pour veiller à ce que les terres forestières se régénèrent rapidement et que des mesures soient prises pour protéger la qualité de l’eau, l’habitat de la faune et les espèces en péril », remarque Peter Tabor.

Le programme de sylviculture d’Irving Woodlands inclut une pépinière produisant 25 millions d’arbres annuellement et un grand département de recherche sur les semis et les plantes-mères. L’entreprise a récemment découvert une spore naturelle des épinettes qui augmente la résistance de ceux-ci à la tordeuse des bourgeons de l’épinette. Un brevet dont la demande est en instance a été déposé pour cette innovation.

La production totale d’Irving Woodlands est d’un million de tonnes dans le Maine, soit « une région où le coût du bois n’est pas faible », selon la description de Peter Tabor. C’est là que ça devient intéressant. Afin de pouvoir offrir un produit concurrentiel par rapport aux copeaux de feuillus à faible coût provenant de l’étranger, Irving Woodlands a travaillé énormément pour rendre tous les aspects de ses opérations rentables sans compromettre l’intégrité des forêts et des terrains et la qualité des produits.

L’élément clé de toutes les opérations est un transport économique. En 2006, Irving Woodlands a investi pour mettre en place des installations de manutention des copeaux avec une ligne secondaire de voie ferrée reliant ses terrains boisés à l’usine de Saint John, au Nouveau-Brunswick. Sur l’autoroute, c’est un voyage de 320 km (200 milles) de nature à faire peur. Comme Peter Tabor l’explique, « La voie ferrée vous rapproche de 100 milles de la destination. »

En plus d’utiliser la ligne secondaire d’Ashland, Irving fait beaucoup de transport hors route, en utilisant le réseau complexe d’anciens et de nouveaux chemins forestiers pour déplacer le bois à partir des sites de récolte jusqu’aux installations d’Ashland sans employer de routes revêtues. Des billes de feuillus, des copeaux et du bois de pâte long sont livrés hors route jusqu’aux installations avec des camions et expédiés par la voie ferrée. Le surintendant des opérations Josh Philbrook explique que les charges élevées qu’il est possible de transporter hors route représentent des économies de 20 % par rapport au transport sur route traditionnel. Des fourgons spécifiquement conçus pour transporter des copeaux peuvent supporter des charges de 60 tonnes (1 tonne est approximativement égale à 900 kg). Pour en profiter pleinement, Irving Woodlands a fabriqué en 2006 une machine à décharger les copeaux spéciale capable de soulever un camion et une remorque routière, ce qui réduit le temps de déchargement de 15 minutes puisqu’il n’est pas nécessaire de détacher la remorque.

L'abatteuse-façonneuse H822C fait le marchandisage de billes à valeur élevée, prépare les arbres pour le déchiqueteur et trie des érables et diverses espèces de feuillus en les plaçant dans des piles.

L’abatteuse-façonneuse H822C fait le marchandisage de billes à valeur élevée, prépare les arbres pour le déchiqueteur et trie des érables et diverses espèces de feuillus en les plaçant dans des piles.

Dans le but de réduire encore plus les coûts de transport, Irving Woodlands rénove et construit annuellement des chemins forestiers sur une longueur de 160 km (100 milles). « Des chemins rectilignes de haute qualité sécuritaires et efficaces sont une marque de commerce d’Irving », affirme Josh Philbrook. L’entreprise met en place des chemins larges rectilignes offrant une visibilité optimale afin d’augmenter la vitesse moyenne des camions de transport.

Irving Woodlands aide à se lancer en affaires, finance et forme des propriétaires exploitants, la majorité d’entre eux n’ayant qu’une seule machine plutôt qu’un parc de véhicules. Les entrepreneurs travaillent ensemble et le système type de récolte combine une abatteuse-empileuse et un débardeur pour la partie initiale de l’extraction. L’équipe d’Irving Woodlands a un penchant pour les abatteuses-empileuses 822C pour les opérations de coupe sélective. Le débardeur, qui est un débardeur 630D ou 635D selon la capacité de traction, la distance de débardage et la capacité de flottation optimales, tire ses charges jusqu’à un conteneur en bordure de la route, où une abatteuse-façonneuse H822C façonne et fait le triage de bois résineux, de l’érable et de diverses espèces de feuillus, en coupant des billes de sciage et des billes de placage de grande valeur avant de « préparer » le bois de pâte des feuillus en brisant (mais sans enlever) les branches afin que les arbres puissent être facilement insérés dans le déchiqueteur et broyés.

Les billes de feuillus de grande valeur sont transportées par le débardeur et empilées le plus près possible de la route, et le bois résineux est apporté en arrière de la façonneuse, orienté en direction de la route. Une fois que la façonneuse a terminé son travail et que les billes et le bois résineux ont été déplacés, un débardeur 630D et un déchiqueteur prennent le relais. Ce qui reste, ce sont deux ou trois piles de billes de bois de pâte de feuillus aussi longues ou presque que des fûts entiers. Les érables sont situés au-dessus des piles et les divers feuillus sont placés trois mètres en arrière et en dessous de ceux-ci. « Le débardeur peut tirer sur les arbres au-dessus et les amener jusqu’au déchiqueteur sans déplacer ceux en dessous », explique Josh Philbrook.

Ces opérations de triage, de marchandisage et de préparation au déchiquetage étaient réalisées avec des tronçonneuses et des ébrancheuses à flèche auparavant. Les abatteuses-façonneuses H822C équipées de têtes Waratah permettent d’éliminer des machines et sont plus efficaces : elles font un meilleur triage et permettent de mieux positionner le bois et de couper plus de billes à grande valeur.

Pour équilibrer les distances de déplacement des débardeurs, optimiser les quarts de travail de jour et de nuit et veiller à alimenter constamment les façonneuses, Irving Woodlands a créé son propre système SIG interne. À la fin de chaque quart de travail, toutes les données liées aux opérations de coupe des abatteuses-empileuses sont téléchargées par les débardeurs. À l’aide de l’interface de la cabine, en jetant un simple coup d’œil, l’opérateur d’un débardeur peut voir les pistes des abatteuses-empileuses, leurs distances et la topographie du terrain. « Il peut observer l’ensemble du bloc de coupe et analyser la situation pour augmenter son efficacité », mentionne Peter Tabor.

Un autre élément important du système est la collecte de données. Irving Woodlands ne fait pas seulement le suivi de la productivité des machines et du coût des intrants. Les temps d’arrêt de machines sont catégorisés avec soin. Lorsqu’une machine n’est pas utilisée, même pour une courte période, son opérateur doit entrer l’un des dix codes d’arrêt employés par Irving Woodlands. Analyser ces données est très utile pour déterminer les façons d’améliorer les meilleures pratiques afin d’équilibrer le système et d’augmenter la productivité le plus possible.

Accordant beaucoup d’importance à l’amélioration continue, Irving Woodlands a des employés comme Dana Johnston formés sur les techniques et les outils six sigma se consacrant uniquement à l’amélioration des procédés. Dana Johnston explique qu’ils ont défini des exigences de productivité à l’heure pour les débardeurs en analysant le poids des charges, les distances de déplacement et les vitesses maximales possibles pour un bloc de coupe donné. « L’opérateur du quart de travail de jour peut parfois faire varier ses distances de déplacement, comme aller chercher trois charges proches, puis une qui est loin », explique Dana Johnston. Généralement, les opérateurs du quart de travail de nuit demeurent sur les longues pistes de débardage leur permettant d’être plus efficaces. Les opérateurs de débardeurs tentent aussi d’équilibrer les distances et les temps de déplacement en apportant les charges les plus loin jusqu’au coin le plus proche du bloc de coupe et les charges les plus proches jusqu’aux coins les plus loin.

En ayant une ligne secondaire aux installations d'Ashland, Irving Woodlands utilise de façon intense la voie ferrée pour transporter des copeaux et des billes de bois.

En ayant une ligne secondaire aux installations d’Ashland, Irving Woodlands utilise de façon intense la voie ferrée pour transporter les copeaux et les billes de bois.

Les opérateurs de débardeurs tentent de transporter des charges de 6 tonnes, mais celles-ci peuvent parfois n’atteindre que 3,5 tonnes. Ils doivent trouver un compromis entre le poids des charges et le temps que cela prend pour ramasser celles-ci. Le nombre d’espèces, ainsi que le volume et la densité de la population d’arbres du bloc de coupe, peut limiter les charges de façon importante. « Si le débardeur doit s’arrêter quatre fois, il est parfois plus utile de transporter de petites charges ou de faire de plus gros groupes ou trier les espèces avec les abatteuses-empileuses, en sachant que cela a des répercussions sur les opérations en amont », commente Peter Tabor.

Les systèmes de déchiquetage fonctionnent selon deux quarts de travail de 12 h, cinq jours par semaine, ce qui permet d’obtenir une production hebdomadaire moyenne de 3 000 tonnes. Irving Woodlands a commencé à faire du déchiquetage sur le terrain en 2006. Avant, le bois de pâte était façonné d’une façon qui produisait des billes de longueur variable qui étaient transportées comme du bois rond.

Le déchiquetage sur le terrain permet d’obtenir une augmentation de volume de copeaux de 15 % parce que les cimes et les grosses branches se font aussi déchiqueter. Ce n’est pas le seul avantage. Cela réduit aussi les coûts. Quel est le désavantage? Une légère augmentation de la teneur en écorce et une quantité de copeaux trop gros de 2 %, ceux-ci étant éliminés dans la suite des opérations. Comme dit Peter Tabor : « Notre compagnie est une entreprise à intégration verticale, alors cela peut fonctionner pour nous. »

Le déchiquetage sur place offre d’autres avantages, particulièrement pour une compagnie aussi verticalement intégrée que J.D. Irving. Selon Josh Philbrook et Peter Tabor, plus le façonnage peut être réalisé à côté des souches, mieux c’est, parce que cela réduit les coûts de transport et de manutention des opérations en amont et assure que chaque produit se rende au bon marché ou à la bonne usine en utilisant le chemin le plus direct.

Toutes les terres d’Irving Woodlands situées dans le Maine sont accessibles au public pour faire des activités récréatives. Pour ces questions, la compagnie est représentée par North Maine Woods, un organisme qui gère des terres de propriétaires de terrains privés utilisées à des fins récréatives. Elle gère des terres de 1,4 million d’hectares (3,5 millions d’acres) et représente des propriétaires de terrains allant de grandes entreprises comme J.D. Irving à des familles et à des personnes possédant des parcelles de terrain relativement petites. Bien que la structure du système de propriété terrienne soit constituée de bric et de broc, un seul ensemble de règlements et une seule tarification s’appliquent aux personnes participant à des activités récréatives, ceux-ci n’ayant pas à obtenir plusieurs permis ni à payer divers frais d’utilisation à différents propriétaires.

Après avoir visité les opérations pendant une journée, il est évident que les terrains forestiers sont importants pour la compagnie et ses employés. Peter Tabor et Josh Philbook remettent toujours en question les méthodes de travail actuelles et discutent de quelles façons les divers aspects des opérations pourraient être améliorés, que ce soit en matière de production, de sécurité, de santé des forêts ou d’esthétisme. Il est évident qu’ils ont un sentiment de fierté et que leurs actions sont guidées par une approche à long terme. « Nous sommes fiers de vivre, de travailler et d’élever nos enfants dans le Maine », souligne Peter Tabor. « Nous travaillons quotidiennement dans les bois afin d’assurer la pérennité de la forêt pour la communauté, l’environnement et l’économie. »

Pour lire l’article au complet, prière de consulter la section de BTB « Additional content » (contenu supplémentaire), à http://www.tigercat.com.

Irving Woodlands a fabriqué une machine à décharger les copeaux spéciale capable de soulever un camion et sa remorque, ce qui réduit les temps de déchargement.

Irving Woodlands a fabriqué une machine à décharger les copeaux spéciale capable de soulever un camion et sa remorque, ce qui réduit les temps de déchargement.