BTB nº 40 : LES SECRETS DU DÉBARDAGE EN FRANCE

En se fondant sur le modèle du débardeur 610, Tigercat et Clohse Group aident divers groupes d'entrepreneurs forestiers français à répondre à une grande variété d'exigences de débardage tout en offrant un excellent service...

– Paul Iarocci

Le concessionnaire de Tigercat, Clohse Group Lux, dont le siège est à Troisvierges, au Luxembourg, vend et entretient de la machinerie Tigercat dans le Nord-Ouest de l’Europe. Les propriétaires, Dieter, José et Heinz Clohse, étaient au début des bûcherons travaillant au côté de leur père et ils dirigent encore de nos jours les opérations de la Clohse Forestry Company en employant des équipes de récolte en Belgique.

Débardeur Tigercat 610C doté d'une flèche pivotante conçue et fabriquée par Charlier Engineering dont le siège se trouve en Belgique.

Toutefois, les activités principales de Clohse Group se sont jusqu’à maintenant déroulées dans les régions du centre et du sud de la France où l’entreprise a placé neuf débardeurs Tigercat 610 pendant les quelques dernières années. Pour répondre à ses besoins en matière d’entretien, de pièces et de service rapide, Clohse Group fait appel aux services de trois entrepreneurs en mécanique compétents qui sont bien équipés. La rétroaction fournie par les clients a été très positive.

Bernard Fouilland, propriétaire et opérateur du débardeur 610C à flèche pivotante utilisé dans le Charolais.

Les entrepreneurs en exploitation forestière français ont des contraintes et des exigences spéciales. Le point le plus important est la limite de largeur totale de 3 m pour le transport. Il suffit de conduire en passant dans d’anciens villages de France pour comprendre sa nature rapidement. Cette limite influence aussi les pistes de débardage en montagne qui se trouvent en plein sur des pentes raides de collines. En conséquence, Tigercat a reconçu la machine de façon à ce qu’elle soit très étroite. Il a donc fallu concevoir une lame spéciale permettant de rapprocher les roues tout en maintenant un dégagement adéquat pour l’oscillation des essieux et des chaînes. Tigercat a aussi élaboré et installe en usine des pinces pour la lame avant, celles-ci étant requises pour chaque débardeur 610 utilisé en France.

Il existe quatre variations du modèle de base, celles-ci étant vendues dans différentes régions du pays. La première est la machine standard avec une arche de débardage à deux fonctions, le treuil seul pouvant être commandé à distance. La deuxième est un débardeur avec une flèche pivotante pouvant être complètement commandé à distance. La flèche pivotante est fabriquée en Belgique par Charlier Engineering, une petite compagnie d’ingénierie qui conçoit et fabrique aussi des têtes d’abattage-ébranchage et une abatteuse-façonneuse à quatre roues pour les marchés de l’Europe de l’Ouest. Les deux moteurs de rotation et le grand palier robuste fournissent une durée de vie et un couple de rotation élevés. En plus du machinage et du soudage de haute qualité, on a porté particulièrement attention à la conception afin d’utiliser les composants les plus communs et de réduire les modifications au maximum. Il est possible de relier la flèche bien conçue et fabriquée à la partie arrière du châssis d’un débardeur Tigercat avec les raccordements d’axes standard de celui-ci. Le rotateur, le snubber et le grappin sont des pièces Tigercat standard.

La troisième variation est utilisée exclusivement en Auvergne et en Rhône-Alpes. Le débardeur de montagne DW610E pouvant être commandé entièrement à distance est doté d’un treuil à double tambour. C’est l’un des entrepreneurs en mécanique choisis par Clohse Group, Foretmat, qui installe la quincaillerie du treuil, cette compagnie étant dirigée par François Lacroix et située en Novalaise, en Haute-Savoie. En plus, l’entreprise conçoit, fabrique et installe le système du guide-câble et la plate-forme du treuil selon les préférences du client. La quatrième version est le débardeur 610 doté d’un double treuil et d’une grue Palfinger de 7,2 m et de 114 kN.m montée entre la cabine et le treuil.

Machines avec flèches pivotantes

La première machine qui a été équipée d’une flèche pivotante appartient à Bernard Fouilland dont les opérations se déroulent dans le Charolais qui est bien connu pour le bœuf des vaches charolaises blanches broutant dans les pâturages luxuriants de la région. Bernard Fouilland travaille seul, en sous-traitant l’abattage à des abatteurs manuels ou à un sous-traitant possédant une abatteuse-façonneuse à roues, selon la forêt et les conditions de terrain.

La flèche pivotante permet de faire des piles hautes rapidement et facilement lorsque l'espace est restreint.

La production moyenne atteint 400 m³ par jour (un mètre cube correspond environ à une tonne), les parcelles de Bernard Fouilland étant caractérisées par des pentes raides, de longues pistes de débardage et de très petites zones de récolte où sont faites des coupes totales permettant d’obtenir de 700 à 1 500 m³ de bois. Souvent, en raison du terrain, il faut réaliser le débardage en extrayant les troncs des terrains difficiles avec des câbles, puis en formant des groupes qui sont débardés jusqu’en bordure de la route avec un grappin. (C’est pourquoi il est important de pouvoir contrôler la machine et le treuil à distance.) Que l’abattage soit manuel ou mécanique, les arbres sont toujours débardés jusqu’à la route une fois qu’ils sont ébranchés et tronçonnés de façon à ce qu’ils aient une longueur maximale de 16 m, une limite de transport. Il est avantageux pour M. Fouilland de travailler à la suite d’une abatteuse-façonneuse qui peut faire des groupes initiaux, même si la flèche pivotante est un excellent outil pour former des groupes rapidement.

Parmi les quatre variations de débardeur vendues en France par Clohse Group, celle avec la flèche pivotante semble être la version avec le plus de potentiel pour les entrepreneurs du reste du monde. La capacité de transporter les charges à côté de la machine offre de nombreux avantages. Premièrement, cela facilite la réduction des temps de cycle pour débarder deux groupes à la fois. Plutôt que de dépasser le groupe ciblé et de reculer de façon à ce que la charge soit au-dessus de celui-ci, de manière à ce que les groupes se croisent, M. Fouilland conduit le long du groupe, libère la charge transportée, puis ramasse le tout et le débarde. Regrouper des fûts séparés et former des groupes à partir de ceux-ci est beaucoup plus rapide qu’avec une machine ayant une arche de débardage à deux fonctions.

En conduisant sur une pente raide ou en traversant une pente de talus, M. Fouilland utilise la flèche pour manipuler la charge, ce qui modifie le centre de gravité. Cela améliore la stabilité de la machine étroite et réduit les contraintes exercées sur la structure et les essieux. (M. Fouilland indique qu’il préférerait avoir une machine plus large, mais que les règlements du transport ne le permettent pas.)

Un autre excellent avantage, surtout dans les espaces restreints en bordure de la route, est la capacité d’empiler le bois à une bonne hauteur rapidement en fournissant moins d’efforts et en effectuant moins de déplacements qu’avec un débardeur doté d’un grappin standard. En général, les flèches pivotantes permettent d’éviter les changements de direction, l’utilisation de la lame et les mouvements prenant du temps, ce qui améliore le rythme de production.

M. Fouilland a apporté des modifications intelligentes appropriées pour une personne travaillant seule. Par exemple, il a installé un système de carburant automatisé ainsi qu’une pompe électrique et un bouton sur la machine afin de pouvoir la remplir de carburant tout en faisant des tâches d’entretien et ainsi augmenter sa productivité quotidienne.

Le débardeur à grappin 610E est doté de pinces de préhension sur la lame avant pour trier les troncs et transporter le bois court.

Arche de débardage à deux fonctions

Christian Ricoux est le propriétaire du débardeur à grappin 610E et il le conduit.

L’équipe de BTB a ensuite visité le site d’opérations de Christian Ricoux, propriétaire du débardeur à grappin à deux fonctions 610E doté de pinces de préhension sur la lame. Les opérations de M. Ricoux se déroulent en Auvergne, au centre de la France. On trouve sur ses parcelles diverses espèces d’arbres de différentes longueurs, le terrain étant souvent en pente raide et l’espace de travail à côté de la route restreint, sans qu’il n’y ait pour ainsi dire de jetée.

L’abattage se fait généralement de façon manuelle et mécanique en proportion égale et tous les arbres sont ébranchés et tronçonnés dans les peuplements, leur longueur maximale étant de 16 m, alors M. Ricoux doit débarder du bois court de toute longueur. Habituellement, il réalise ses opérations dans des forêts mixtes où se trouvent des espèces comme du hêtre, de l’acacia et du douglas vert. Il ramasse habituellement les courtes billes de différente longueur avec les pinces de préhension de la lame tout en débardant une charge de billes longues. Il se sert aussi des pinces pour trier et empiler les billes dans les espaces restreints près de la route.

Exploitation forestière en montagne dans les Alpes françaises

L’équipe de BTB a ensuite visité le Rhône-Alpes où les débardeurs à treuil à double tambour règnent depuis des décennies. Cette configuration unique inclut des pinces sur la lame avant, ainsi qu’un treuil à double tambour installé sur la partie arrière du châssis, les guides-câbles étant intégrés à une grande plate-forme mobile hydraulique pouvant être abaissée pour s’ancrer dans le sol lorsque le treuil est actionné. Pendant le débardage, les billes sont poussées vers le haut contre la plate-forme ou reposent sur celle-ci, selon le modèle de conception.

Le directeur technique de Clohse Group, Piers Eyre-Walker, explique que l’un des grands avantages du débardeur de Tigercat par rapport aux autres est la qualité du contrôle du treuil. Lorsqu’il démarre et s’arrête, l’excellente coordination électronique de l’embrayage, des freins et de l’entraînement fait qu’il n’y a pratiquement pas de mou et que le contrôle est parfait. « C’est une caractéristique subtile que l’on tient pour acquise lorsque la machine en est dotée, mais c’est très important et unique à ce treuil. Les câbles des autres treuils ont tendance à glisser vers l’arrière lorsqu’ils s’arrêtent. »

Le personnel technique de l'un des entrepreneurs en mécanique choisi par Clohse Group, Foretmat, cette compagnie étant dirigée par François Lacroix (deuxième à partir de la droite) et située en Novalaise, en Haute-Savoie. Toutes ses installations sont bien équipées.

Les opérations dans les Alpes diffèrent de l’exploitation forestière effectuée au centre de la France. Il n’y a presque aucune coupe totale et pratiquement tout l’éclaircissage est manuel. Dans cette région se trouvent probablement environ 200 débardeurs à double treuil qui approvisionnent les scieries locales en bois de très haute valeur à croissance lente. Ce sont de grands arbres. Un seul fût peut avoir un volume de 15 m³ et sa valeur se situer de 200 à 700 $/m³. En raison des accumulations de neige élevées, il n’y a pas de récolte pendant l’hiver. Les propriétaires et les opérateurs font d’autres travaux pendant cette saison, ceux-ci étant souvent liés à l’industrie du ski.

Nicolas Gombert a récemment reçu sa première machine neuve, soit un débardeur DW610E doté d'une grue.

Nicolas Gombert, qui a récemment acheté sa première machine neuve, soit un débardeur DW610E doté d’une grue Palfinger, est un champion français de la sculpture à la scie à chaîne et le propriétaire de Sculpture Glance & Bois, une entreprise créant des sculptures de bois et de neige pour de nombreux clients privés et entreprises.

Nicolas Gombert (au centre) était tellement excité à propos de son nouveau débardeur qu'il en a fait une sculpture en cèdre. Il est entouré du directeur technique de Clohse Group, Piers Eyre-Walker (à gauche), et de l'un des propriétaires de la même compagnie, Dieter Clohse.

Nicolas Gombert achète du bois à des propriétaires privés et le vend lui-même, en acquérant des parcelles où il fait des récoltes de bois de seulement 700 m³. Sa production quotidienne est d’environ 100 m³, ce qui comprend abattre, ébrancher, tronçonner selon une longueur de 14 m, débarder et trier les billes. Il utilise la grue pour atteindre les arbres près de la piste de débardage et tire ceux qui sont plus éloignés avec le treuil. Une autre méthode de travail commune est de faire monter ou descendre la machine le long des pentes très raides avec le treuil pour accéder au bois abattu, la version française de l’exploitation forestière effectuée en s’amarrant avec un câble.

Trier les billes avec la grue améliore grandement la productivité, car c’est très difficile et cela prend beaucoup de temps en utilisant des câbles et une lame. En outre, il faut manipuler les billes avec précaution en raison de la valeur élevée du bois. Les abatteurs manuels enlèvent les extrémités des pattes des billes afin qu’il soit plus facile de les transporter sur le sol de la forêt avec un treuil. Le système de commande à distance permet à l’opérateur, qui fixe les colliers étrangleurs autour des grumes, d’économiser beaucoup de temps qui serait utilisé pour se déplacer entre la cabine et les extrémités des câbles.

Pour cette machine, la première à être dotée d’une grue, Clohse Group a intégré un deuxième système IQAN pour les fonctions de la grue et a modifié le siège Turnaround<sup>MC</sup> afin qu’il pivote sur 360° en utilisant des commandes électriques. Les pédales sont fixées à la table tournante du siège et pivotent en même temps que l’opérateur. Comme pour un transporteur, cela offre à l’opérateur une excellente visibilité lorsque la grue est utilisée, peu importe son angle. Cela permet à l’opérateur d’utiliser la porte de son choix, un excellent avantage pour les opérations de débardage à câble où celui-ci doit entrer et sortir de la cabine en terrain difficile.