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Formation virtuelle en Alberta

Début mars, Irfan Zardadkhan et Gregor Scott, du groupe des systèmes électroniques de Tigercat, accompagnés du responsable de district James Farquhar, se sont rendus dans la communauté isolée de La Crete, en Alberta. Leur mission consistait à mettre en service un simulateur Tigercat.

— Paul Iarocci

Des millions de mètres cubes et une part importante de la coupe annuelle autorisée en Alberta sont récoltés par des entrepreneurs basés dans la communauté de La Crete, dans le nord de l'Alberta. De nombreux opérateurs de machines hautement qualifiés originaires de La Crete travaillent pour l’industrie forestière dans toute la province et au-delà. Il me semblait logique qu'un tel endroit ait besoin d'un système de formation virtuelle très réaliste pour les opérateurs d'équipements forestiers. Mais j'ai été surpris d'apprendre que le simulateur n'avait pas été livré à un entrepreneur de la région ou à un collège communautaire, mais à la division scolaire de Fort Vermilion (Fort Vermilion School Division - FVSD).

Je n'avais pas non plus réalisé que je me rendrais au 58e parallèle, à 700 km au nord d'Edmonton, pour découvrir le système scolaire le plus progressiste que j'aie jamais rencontré. Ce système est la vision du directeur de la FVSD, Mike McMann, qui travaille avec la communauté de La Crete et les chefs d'entreprise pour repenser et reconstruire l'éducation dans le but d’aider une plus grande proportion d'élèves dans les zones desservies et de proposer une formation plus alignée sur les réalités du marché de l'emploi.

Outre les communautés de La Crete, Fort Vermilion et High Level, FVSD dessert également des régions rurales très éloignées. Pour Mike et sa directrice adjointe, Karen Smith, le taux d’abandon des élèves âgés de 16 ans et plus est bien trop élevé. Leur idée consiste à offrir aux élèves des programmes de haute qualité et plus inclusifs, afin que les enfants restent plus longtemps à l’école. En plus des cours traditionnels, la FVSD cherche à attirer et à retenir les élèves qui pourraient bénéficier de filières alternatives et qui, par le passé, auraient pu passer totalement au travers du système scolaire.

Le nouveau programme axé sur le parcours professionnel est basé sur le modèle des écoles collégiales de l'Alberta : un programme spécialisé dans une matière spécifique et un parcours clair menant soit vers l'enseignement supérieur, soit vers une carrière du choix de l’élève. Ce programme se caractérise par des accords formels avec les établissements d'enseignement supérieur et la possibilité d'acquérir une expérience professionnelle dans le monde réel.

C'est sur ce dernier point que les entreprises locales interviennent. Herman Wiebe est propriétaire de Homeland Industries Ltd, une entreprise forestière locale prospère. Il explique que les écoles secondaires des régions isolées sont en concurrence avec les entreprises locales. « Les jeunes non qualifiés quittent l'école et acceptent des emplois au salaire minimum. Il faut donc s'associer aux entreprises locales et aux entrepreneurs forestiers pour inciter les jeunes à rester à l'école. Une fois sur le marché du travail, ceux-ci seront ainsi de meilleurs employés, plus qualifiés, plus mûrs et plus résistants. »
Les nouvelles filières d'apprentissage sur lesquelles Mike travaille sont conçues pour donner un avantage aux enfants et la FVSD en a créé un acronyme : EDGE (Explorer, Développer, Grandir et Expérimenter). Dès leur arrivée en sixième (12 ans), les enfants sont exposés à diverses ressources destinées à leur faire découvrir tout un éventail de professions potentielles. De la septième à la neuvième (13-15 ans), les élèves commencent à acquérir des compétences professionnelles pratiques. De la dixième à la douzième (16-18 ans), ils développent leurs connaissances dans un domaine de leur choix. La FVSD aimerait ajouter deux années supplémentaires, pour donner aux élèves le temps et l'espace nécessaires pour tester le parcours professionnel choisi, tout en continuant à obtenir des crédits universitaires et d'apprentissage en restant au lycée. Un élève peut ainsi terminer le lycée avec un diplôme et une première année de compagnon-apprenti en poche. Un autre élève peut obtenir des crédits de niveau universitaire en onzième (17 ans), sans avoir à payer des frais d'inscription à l'université.

Les matières de base nécessaires à l'obtention du diplôme, telles que les mathématiques, l'anglais et les sciences, sont enseignées dans le lycée local. Les formations professionnelles spécifiques sont dispensées dans trois autres établissements du district. Le premier simulateur Tigercat a été livré à l'école De Oabeit à La Crete. La nouvelle installation de 885 mètres carrés comprend des salles de classe, un laboratoire de simulation et un atelier de mécanique complet. Des installations similaires ont été mises en place à Fort Vermilion et à High Level. Des simulateurs Tigercat supplémentaires sont également prévus dans le budget de ces campus.

Bryan Rempel, spécialiste des technologies de l'information au campus De Oabeit à La Crete, a pris en charge la mise en œuvre des aspects techniques du programme. Bryan nous a fait visiter le campus de La Crete et nous avons tous été stupéfaits en entrant dans le laboratoire de simulation. Des stations d’ordinateurs portables dotées d'une technologie d'écran 3D avancée permettent aux étudiants de tourner, de manipuler et de disséquer des objets qui semblent flotter dans l'espace. Le tout nouveau simulateur Tigercat vient s’ajouter aux cinq simulateurs d'engins de chantier en réseau, qui permettent aux étudiants de travailler ensemble. Par exemple, un élève peut conduire un camion à pierres pendant qu'un autre le charge avec une excavatrice. Nous avons essayé un simulateur de vol en avion monomoteur entièrement immersif. Le réalisme du simulateur nous a même légèrement donné le vertige.
Les frais d’inscription de l’école de conduite de camion, actuellement destinée aux adultes, sont utilisés pour subventionner les programmes de niveau universitaire. Les étudiants apprennent à utiliser des drones et découvrent ainsi la technologie LIDAR et d’autres applications de drone avancées. Dans un atelier bien équipé, nous avons vu des essieux et des transmissions d'équipements lourds à différents stades d'assemblage. Des élèves, suivant chacun des parcours professionnels individuels dans les domaines du design, de la construction, de la menuiserie, de la plomberie et de l'électricité, travaillaient ensemble à la construction d'une « tiny house ».

Il est prévu de préparer des terrains sur lesquels placer les « tiny houses ». Les responsables du programme espèrent que cela créera une autre expérience d'apprentissage dans le monde réel, qui exposera les étudiants de la filière professionnelle d'opérateur d'équipement à un véritable projet de développement de site. Un modèle économique sera mis au point afin de générer des revenus locatifs, toujours exploités par les étudiants. Bryan explique que les étudiants développeront de véritables entreprises, pas de simples projets hypothétiques. Les sources de revenus supplémentaires ainsi créées permettront à leur tour de développer d'autres programmes.

« La communauté de La Crete est vraiment impressionnante », fait remarquer Gregor. « Je n'ai jamais vu un tel partenariat entre l'école et la communauté d’entreprises. J'ai été stupéfait de voir à quel point les chefs d'entreprise locaux collaborent étroitement avec les écoles pour aider les générations futures à acquérir des compétences pratiques qui, à leur tour, contribueront à la croissance de l'économie de La Crete. On voit bien que l’école se donne pour mission d’offrir à tous les étudiants le plus grand nombre possible d'expériences pratiques dans le cadre de leurs cours. »

Pour les propriétaires d'entreprises d'exploitation forestière comme Philip Unrau, PDG de FTEN Group of Companies, la formation en équipement lourd et les parcours de carrière d'opérateur de machines sont particulièrement attrayants. Philip, qui dirige des entreprises d'exploitation forestière, de construction lourde, d'empilage et de camionnage, apprécie l’enthousiasme de Mike et la rapidité avec laquelle il met en œuvre des idées novatrices dans le domaine de l'éducation. Selon lui, environ la moitié des opérateurs de machines forestières de l'Alberta viennent de La Crete. « L’impact de ce programme se ressent sur toute la province », déclare Philip.

Les opérateurs experts Andy Driedger, propriétaire de Garden River Logging Ltd, et Willy Neufeld, propriétaire de Northern Timber Management, ont pris le temps de visiter le laboratoire à son installation et de tester le simulateur. Ils ont ainsi pu fournir à Irfan et Gregor de précieux commentaires sur les nouveaux programmes de façonneuse et d'abatteuse-empileuse. « Tous les opérateurs de machines qui ont essayé le simulateur se sont empressés de donner leur avis pour aider à l'améliorer. J'ai des pages et des pages de remarques », déclare Gregor. L'équipe de développement du simulateur améliore constamment les programmes et tente de concevoir un contenu de cours le plus pertinent et le plus transférable possible. Les mises à jour sont transmises aux simulateurs directement depuis l'usine Tigercat, à l’aide d'une connexion Wi-Fi.
Jon Goertzen, consultant en foresterie, a travaillé avec le FVSD et les entrepreneurs forestiers locaux sur des demandes de subventions au gouvernement provincial en vue du financement de l'expansion des programmes forestiers. Il a passé du temps à rechercher les différents systèmes de simulateurs d'équipements forestiers et à obtenir l'avis des entrepreneurs locaux, afin de s'assurer que le programme serait réellement utile aux étudiants, tout en s'adaptant aux exigences réelles du marché de l'emploi.

« Le but est de développer les compétences des élèves pour qu’ils sachent conduire des équipements forestiers », déclare Jon. « Les simulateurs sont un outil essentiel pour aider à développer les mouvements répétitifs et à intégrer les bonnes procédures de travail. Les simulateurs seront associés à un atelier, pour l’apprentissage pratique, et à des salles de classe polyvalentes. Les étudiants seront ainsi formés à l'utilisation, à l'entretien et à la sécurité des machines. »

Le programme d'opérateur de machines forestières sera développé autour des simulateurs Tigercat, en commençant par des programmes pour une abatteuse-empileuse à chenilles et une façonneuse en bordure de route. Les commandes de la machine peuvent être remplacées pour passer d'un programme à l'autre en quelques minutes. Tous les entrepreneurs qui ont visité le laboratoire étaient d’accord : la possibilité d'installer des commandes réelles dans le simulateur fait partie des aspects qui différencient le produit Tigercat des autres simulateurs. Les entrepreneurs de la région de La Crete utilisant des commandes standardisées sur leurs façonneuses, un élève formé sur un simulateur Tigercat acquiert un ensemble de compétences très transférables et utiles. Tous les entrepreneurs avec lesquels nous nous sommes entretenus ont reconnu les avantages évidents de la formation sur simulateur pour leur entreprise : moins d'usure des machines, moins de nécessité d'immobiliser une machine pendant de nombreuses heures de formation non productives, réduction de la consommation de carburant et amélioration de la sécurité au travail.

Jon fait remarquer qu'il y a de nombreuses communautés des Premières Nations dans les zones desservies par le FVSD. « Comme moi, beaucoup de gens de La Crete ont grandi dans une ferme. J'ai donc conduit un camion agricole, un camion céréalier et j'ai un peu d’expérience sur les machines. Pour quelqu'un qui n'a pas d'expérience professionnelle, c'est déjà un énorme désavantage. Certains enfants des Premières Nations n'ont pas grandi avec de l'équipement. Ces différences en matière d’expérience peuvent les mener à l’échec. C'est l'une des principales raisons pour lesquelles nous aimerions créer une unité mobile qui se rende dans les écoles rurales. » Les simulateurs aident à rééquilibrer les choses et à faire progresser notre objectif : que chaque élève du district sorte du lycée avec un diplôme et des connaissances supplémentaires qui l'aideront à réussir dans la vie. « Je tiens vraiment à cette région. Je tiens à ce que les enfants aient du travail plus tard », déclare Jon. « J'ai des enfants, ainsi que 35 neveux et nièces. Il est essentiel d'avoir accès à une formation adaptée. »

Gregor souligne qu'il est ravi de travailler avec le district scolaire et les entrepreneurs pour les aider à tirer le meilleur parti du simulateur et à poursuivre le développement du produit. « Les enfants qui suivent le programme devraient avoir besoin de beaucoup moins de temps pour devenir des opérateurs compétents. Cela les aidera à explorer les possibilités d'emploi locales. Et notre travail à La Crete permettra également d’améliorer le simulateur pour tout le monde. »

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Début mars, Irfan Zardadkhan et Gregor Scott, du groupe des systèmes électroniques de Tigercat, accompagnés du responsable de district James Farquhar, se sont rendus dans la communauté isolée de La Crete, en Alberta. Leur mission consistait à mettre en service un simulateur Tigercat.


Andy Driedger, owner of Garden River Logging Ltd. (seated) takes the processor simulator through its paces. Philip Unrau, CEO of FTEN Group of Companies at left, along with Gregor Scott from the Tigercat electronic systems group, and forestry consultant, Jon Goertzen at right.